Interview – Gaëlle Magnier

Hello Fairies!

L’an dernier j’avais fait une interview de Cassandra O’Donnell et j’avais adoré cet échange. J’aimerais reprendre cela et en faire un rendez-vous régulier sur le blog. Je ne sais pas encore si ce sera tous les mois, tous les deux mois, ça dépendra des auteurs.rices que je compte contacter.

Afin d’inaugurer ce rendez-vous, que j’espère vous apprécierez, mon amie autrice Gaëlle Magnier a accepté de répondre à quelques questions. Merci beaucoup à elle. Elle a écrit deux romans et deux nouvelles et a encore plein de beaux projets à venir. J’aime sa plume et les messages qui passent à travers ses mots. J’aime le côté bien-être et cocooning de ses romans. N’hésitez pas à vous pencher sur ses livres si vous ne les avez pas encore lus! Vous pouvez retrouver mes chroniques de L’ombre de Jack, La Dramaturge et Les Tribulations d’une Princesse Faërique.

 

Tu es publiée depuis 2016, avec ta nouvelle Tel le Phénix dans le recueil du même nom. Depuis tu as sorti La Dramaturge et Les Tribulations d’une princesse faërique chez Gloriana Editions, et la nouvelle L’ombre de Jack en ebook.

Tu as fait un master d’Histoire avant de te lancer dans l’écriture à plein temps. Mais depuis quand écris-tu ? Quelle a été la place de l’écriture dans ta vie avant d’en faire ton métier? Et comment ces études d’Histoire ont-elles eu une influence sur ce choix?

Ma réponse ne va sans doute pas être très originale, parce que comme pour beaucoup d’auteurs et d’autrices, j’écris depuis que je sais tenir un stylo. J’ai encore les exemplaires du journal de l’école auquel je participais dès le CE2. Autant dire que ça remonte à loin. En 6e, j’ai écrit un conte « Prosper le Kangourou », qu’est-ce que je rigole quand je le relis! Et puis, j’ai découvert les forums rpg sur internet à l’adolescence. C’est avec les autres joueuses que j’ai pu améliorer ma plume et découvrir mon propre style, ça m’a énormément aidé. Dès ce moment là, j’ai commencé à écrire de manière vraiment régulière, presque tous les jours un petit peu, en parallèle de mes études. C’était un loisir, une passion, j’adorais ça. J’ai arrêté les forums quelques années, quand j’étais à l’université. J’ai ressenti peu à peu le manque de l’écriture, et mon rêve était de devenir autrice. Alors j’ai décidé de me lancer enfin et j’ai écrit mon premier roman, La Dramaturge. Je remercie mon éditeur, Louis, qui a permis à ce rêve de devenir réalité.

Concernant l’histoire, j’ai toujours été passionnée par cette matière. J’ai eu une passion pour les dinosaures, l’Égypte Antique, la Grèce Antique, l’Asie puis l’Angleterre… Et j’en aurais encore bien d’autres à l’avenir. Je suis de nature curieuse, les continents, leur histoire, les mentalités, c’est une chose qui me fascine. Durant mes études d’histoire, j’ai eu la chance de faire un mémoire sur Oscar Wilde et la société victorienne, la meilleure de toutes mes années de fac ! Quand j’ai commencé à réfléchir sur La Dramaturge, il m’a vite paru évident que je devais exploiter toutes ces recherches effectuées à ce moment-là.

gaellemagnier

Quand et comment as-tu décidé d’en faire ton métier? Et comment tu organises ton temps d’écriture?

C’est un concours de circonstances, un plan d’avenir sur lequel je travaille encore. Depuis quelques années, je me sens tout simplement poussée dans cette voie de l’écriture. La recherche d’un emploi salarié n’a cessé d’être un échec alors que les portes s’ouvraient de manière facile et naturelle du côté de l’écriture. C’est en faisant ce constat que j’ai décidé de consacrer 100 % de mon temps à l’écriture afin d’en vivre un jour. Ce n’est pas le métier le plus évident du monde, en ce moment, c’est presque un acte de foi de prendre cette décision. Mais j’y crois et j’ai la chance de pouvoir m’y consacrer à plein temps.

Après mon année de recherches où j’avais 6h de cours par semaine car le reste du temps était consacré au travail personnel sur le mémoire, j’ai acquis une certaine rigueur et une autonomie qui m’a beaucoup aidée dans l’organisation de mes journées de travail. Je me lève tous les jours à 7h, je prends un peu de temps pour petit-déjeuner puis je lis jusqu’à 10h. J’ai besoin d’un temps de lecture le matin, comme s’il me fallait aborder les mots d’abord de cette manière avant de pouvoir les utiliser. Je m’occupe en général de l’administratif ou aux corrections jusqu’à la pause déjeuner. L’après-midi est consacré à la création et à l’écriture. Pour le coup, je ne termine ma journée que lorsque je suis satisfaite de ma progression, cela peut prendre un moment parfois comme cela peut être rapide. Je mets un point d’honneur à faire une pause le week-end par contre, sans quoi mon cerveau a tendance à vite saturer et partir en burn-out automatique ! Autant l’éviter quand même !

Dans L’ombre de Jack, La Dramaturge et Les Tribulations d’une Princesse Faërique, on se retrouve en immersion en plein Londres à l’époque Victorienne. Pourquoi cette époque et ce lieu reviennent-ils si souvent? Qu’est-ce qui te plaît et t’inspire dedans?

Comme je l’ai dit, c’est une époque sur laquelle j’ai beaucoup travaillé à l’université et qui est une énorme source d’inspiration. On peut le dire, je suis un peu beaucoup anglophile ! J’aime la langue anglaise, j’aime la culture anglaise, l’histoire du pays, les manières, bref… tout. La plupart de mes acteurs et actrices préférés sont d’ailleurs anglais (même lorsque je ne les connais pas, je découvre qu’ils ou elles le sont par la suite ! Fascinant ce phénomène!)

L’Angleterre victorienne est une période extrêmement riche. Beaucoup de mes auteurs favoris ont vécu a cette époque, un peu avant, ou un peu après (coucou Oscar Wilde). Chaque époque a sa particularité et son charme, mais j’avoue que le XIXe qui fait suite à une première révolution industrielle bien engagée sur l’île a, je pense, bouleversé les esprits et les mœurs. Quelque chose de nouveau a bousculé tout un monde carré et rigide. Les possibilités étaient soudain multiples, le futur rayonnait de mille choses à découvrir. Bien sûr, il y avait aussi du moins bon. La dualité entre les riches et les pauvres s’est accentuée marquant des personnalités comme Charles Dickens.

C’est une période vraiment inspirante pour moi. Je pense que ça se voit !

 

Dans La Dramaturge et Les Tribulations d’un princesse faërique, on retrouve des personnages principaux féminins et anti-conformistes. Aiden dans La Dramaturge est en avance sur son époque par son éducation et son choix de carrière. Et Denäe vient d’une société matriarcale dans Les Tribulations d’une princesse faërique. La place des femmes dans la société semble donc être un sujet important pour toi. Pourquoi et comment choisis-tu de traiter ce sujet ? Et comment parviens-tu à dénoncer autant dans un récit qui n’est pas ouvertement féministe ?

Ah, excellentes questions ! J’aimerais bien y avoir une réponse très belle et sérieuse, mais ce n’est pas le cas. Ces choix n’étaient pas volontaires, ou en tout cas pas conscients. Je n’ai pas décidé de traiter la place de la femme dans la société victorienne. Je n’ai pas décidé de faire un récit féministe. Les synopsis étaient bien plus simples.

Par contre, c’est vrai que ce sont des sujets qui me tiennent à cœur et j’ai sans doute intériorisé cette volonté de montrer à quel point la femme est l’égale de l’homme. Mes héroïnes ont des défauts, Aidan n’a pas un physique de mannequin, bien que je ne m’appesantisse pas dessus, et la société matriarcale de Faëlinell se veut égalitaire, mais reste un peu rigide, en un miroir imparfait du monde patriarcal dans lequel on vit. Parce que rien n’est parfait et qu’il n’y a plus rien à changer après la perfection, quelle tristesse. Mais pour ça, je voulais montrer que c’était possible, qu’il existe des corps différents, des types de sociétés différentes. Et la femme y a sa place quel que soit son physique ou sa façon de penser. Si Denaë bouscule les codes, son amie Séléniaë est très conformiste, et c’est une bonne chose aussi.

Pour résumer, non, je n’ai pas commencé l’écriture de ces textes avec le féminisme en fer de lance, mais je suis particulièrement ravie que mon opinion dans ce domaine transparaisse aussi bien et que tu l’aies perçu de cette façon ! C’est aussi le lecteur, la lectrice, qui joue un rôle énorme dans la perception d’une histoire, alors merci à toi !

Et c’est là toute la magie de la rencontre entre l’auteur.rice, le livre et le lecteur.rice!
Revenons sur ton processus d’écriture. Comment la vie de tous les jours, les événements, l’actualité influencent-ils ton écriture ?

J’ai découvert que j’étais hypersensible il y a deux ans. Avant ça, c’était un peu le grand n’importe quoi dans ma tête parce que je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Depuis, j’ai appris à embrasser cette façon de voir le monde et de m’en nourrir plutôt que de lutter contre cette différence (quand même partagée par un pourcentage important de la population, heureusement!) J’ai tendance à fuir l’actualité, je ne regarde plus les infos à la télé depuis longtemps. Mais il y a des fois où c’est impossible, où ce que je vois me révolte, où j’aimerais donner un grand coup de pieds dans la fourmilière. Sauf que ce n’est pas évident. Il faut gérer tout ça. Souvent, ma créativité est en berne à ce moment-là. Ce sont des phases de digestion, de remise en question, comme par exemple avec le mouvement Black Lives Matter, il y a peu de temps. Alors je prends le temps de réfléchir. J’analyse mon comportement, ce que je fais passer comme message dans mes écrits. Parce qu’à mon sens l’écrivain a un devoir moral : celui de faire des recherches, de refléter une société, de parler de ce qui va comme de ce qui ne va pas. Et j’espère que je parviens peu à peu à appliquer ces changements à travers mon regard et mes écrits.

Peux-tu parler un peu de tes projets en cours et à venir ?

Ouh, il y a beaucoup de choses en préparation. Déjà ma prochaine publication qui a été repoussée à cause du confinement. Il s’agit d’une romance historique, Double Morale, qui (surprise, surprise) se déroule à Londres à la fin du XIXe siècle. Mon héroïne est confrontée au procès d’Oscar Wilde qui va chambouler sa vie quotidienne. Elle rencontre un capitaine de la marine anglaise (qui va également chambouler sa vie quotidienne). Il y a également un long voyage semé d’embûches dedans et… je l’espère, beaucoup de sentiments. La publication est prévue pour l’automne ! Je trépigne d’impatience d’avoir les premiers retours de lectures. C’est un texte sur lequel j’ai énormément travaillé et qui a été semé d’embûches autant que le voyage de Betty, alors j’espère que la fin en sera heureuse et que les lecteurs et lectrices apprécieront.

Ensuite, j’ai deux manuscrits en phase de premier brouillon. Un sur la mythologie scandinave et un top secret. Je termine le deuxième courant juillet. Le reste de l’année sera consacré au retravail et à la correction de ces textes. J’ai également des petits projets d’appel à texte pour des nouvelles, j’espère que cela se concrétisera de ce côté là aussi !

Enfin, j’ai déjà d’autres idées en tête qui j’espère commenceront à voir le jour en 2021 !

Je suis excitée par tous ces projets assez variés que j’ai hâte de découvrir!
Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

Je pense que tu le devines. Ma principale source d’inspiration, c’est l’Histoire. Mais aussi les souvenirs et les sensations. Mon voyage en Inde par exemple m’a particulièrement marquée et j’espère sincèrement parvenir à mettre en mots tout ce que j’ai pu ressentir durant ce voyage.

De manière plus générale, un simple détail peut être source d’inspiration. Parfois il s’agit d’un seul mot. Une odeur. Un son. Tel paysage avec telle luminosité. Il m’arrive souvent de regretter n’avoir aucun talent en dessin, car j’aimerais pouvoir immortaliser tout cela sur une feuille avec quelques couleurs.

gaelle magnier dedicace
En pleine dédicace

Comment s’est passé le confinement pour toi ?

Il y a eu plusieurs phases. Les deux premières semaines ont été horribles. Je regardais les infos trop souvent, je passais mes journées à scroller facebook et les journaux, j’avais peur et je paniquais. J’ai même fait de l’hypotension liée au stress. L’inspiration a disparu. À tel point que je me suis demandée si elle reviendrait un jour. Et puis, je me suis forcée à prendre du recul, j’ai déconnecté mon compte facebook et je me suis lancée dans un projet à l’opposé de tout ce sur quoi je travaillais jusque-là. J’ai passé trois mois dessus. Tous les jours. Je partais. Loin. Très très loin. C’est ce qui m’a permis de tenir psychologiquement et j’ai pu terminer le premier brouillon la semaine du déconfinement.

Du coup, le confinement a été une sorte de bulle un peu étrange durant lequel est né un nouveau livre.

Quelles sont tes autres passions? Se mêlent-elles parfois à ton écriture?

À vrai dire, je suis curieuse d’à peu près tout. Forcément, l’Histoire est une de mes passions et la phase de recherches pour un manuscrit est une de mes préférées avec la rédaction. Je peux ainsi explorer divers périodes, zones géographiques et sujets. J’ai d’ailleurs bien entamé mes recherches sur l’Inde et j’ai découvert des choses vraiment très intéressantes.

Je ne vais pas mentir, il y a aussi Netflix… Je consomme beaucoup de fictions qu’elles soient écrites ou filmées, j’adore ça. Le cinéma aussi, même si je n’y vais plus très souvent à cause des tarifs trop élevés. Par contre, j’ai la chance d’avoir un festival du cinéma par chez moi : Itinérances, et je me fais un marathon de films en prenant le pass. Mon petit plaisir : voir ou revoir les classiques sur grand écran !

Je fais également beaucoup de yoga. Plus qu’un sport, c’est une philosophie et une manière d’être au monde. En tant qu’hypersensible, le yoga m’a permis de prendre un moment pour me poser, obliger mon esprit à déconnecter quelques minutes et c’est un soulagement énorme. Tout ça est une grande aide pour le processus d’écriture. Je m’en nourris et cela transparaît inévitablement dans ma façon d’écrire le monde qu’il soit historique, imaginaire ou les deux.

Connais-tu ton animal totem ? Si oui, quel animal est-ce ? (oui cette question n’a rien à voir avec le reste, je sais…)

J’adore les renards (et les quokkas, et les chats…et tous les animaux en fait). Mais étrangement, ce n’est pas eux qui m’apparaissent durant les temps de relaxation au yoga. Par contre, il m’arrive très souvent d’être veillée et protégée par un corbeau au cœur d’une forêt où un feu crépite. (Parfois, je suis face à un fjord, le corbeau est toujours là.)

Si tu pouvais rencontrer une personne autour d’un thé ou d’un dîner, n’importe quelle personne au monde, qui choisirais-tu? Que voudrais-tu lui dire?

Mh… question piège ? Non parce que depuis la sortie de la saison 1 de The Witcher, c’est un peu Henry Cavill que j’aimerais bien rencontrer. Il semble aimer la nature et la méditation, je pense que l’on parlerait de ça. Puis bon, pas besoin de parler non plus hein !

Mais trêve de midinetteries, si je dois faire un choix sérieux, je choisirais Barack Obama. C’est un homme politique dont j’admire beaucoup la carrière et ce qu’il a réussi à faire aux U.S.A. J’aimerais le remercier justement pour ce qu’il a fait, pour l’espoir qu’il m’a apporté au moment de son élection et pour l’espoir qu’il a apporté à tant de personnes que ce soit dans son pays mais aussi dans le monde entier. Je ne sais pas s’il se rend compte de ça, j’aimerais qu’il le sache.

Que ce soit Henry Cavill ou Barack Obama, je te rejoins, je trouverais aussi très intéressant de les rencontrer l’un comme l’autre!
Et pour le mot de la fin, quel est, pour toi, le plus grand pouvoir des mots?

Il y en a beaucoup, l’évasion, le voyage, la liberté, l’apprentissage, la connaissance… Mais je crois que le plus grand pouvoir des mots c’est l’empathie. Ils peuvent faire ressentir à un lecteur ce qu’un personnage ressent tout au fond de lui. C’est la plus grande magie qui soit.

Merci encore à Gaëlle Magnier d’avoir accepté de répondre à mes questions, dont je trouve les réponses extrêmement intéressantes! J’espère que cela vous a donné envie de la découvrir si vous ne la connaissiez pas encore!

Bonne lecture!

Xoxo!

3 commentaires sur « Interview – Gaëlle Magnier »

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