A line a day – à travers le temps

Hello Fairies!

C’est le retour des ateliers d’écriture une fois par semaine. Je ne pourrai pas forcément tous les partager ici, mais en voici un premier. Le thème était d’écrire un texte avec une rencontre avec un objet d’un autre temps..

Elle n’était pas rentrée au pays depuis plus de dix ans. Ses plus jeunes cousins et couines qu’elle avait quittés enfants étaient désormais des adolescents ou des jeunes adultes. Elle ne les avait pas vus grandir et en le regardant, elle se demanda quel avait été leur quotidien, quels évènements les avaient façonnés. Depuis son arrivée à l’aéroport où son oncle était venu la chercher, elle n’avait croisé que des regards tristes et quelques ébauches de sourire pour lui souhaiter la bienvenue malgré les circonstances. Elle avait un nœud dans l’estomac, qui s’ajoutait au chagrin : elle se sentait coupable d’avoir dû être poussée par la mort de sa grand-mère pour revenir. Elle avait tourné le dos à sa famille, à ses origines, à une partie d’elle-même, laissant la distance lui faire oublier combien elle les aimait. Ce retour avait un goût amer. Elle avait annulé et repoussé sa venue tant de fois qu’elle avait manqué la chance de parler à sa grand-mère une dernière fois.

Elle passa plusieurs jours éreintants à suivre ses cousines et ses tantes pour préparer le rituel de l’enterrement. Malgré la peine de la perte, tous trouvaient une consolation dans le fait d’être réunis. Ils étaient, ces dernières années, dispersés dans le pays, voire à l’étranger. Elle n’était pas la seule à n’avoir pas revu le sol de sa naissance depuis longtemps.

Malgré tout, l’ambiance restait pesante. Les voix demeuraient des murmures. Les yeux se remplissaient encore de larmes. Et les sourires ne duraient pas, ils se cachaient bien avant d’avoir atteint les yeux. Puis le jour de l’enterrement arriva. On quitta le cimetière pour rejoindre la petite maison de pierre à l’entrée du petit village de montagne. Les voisins passaient déposer de la nourriture, partager le plat traditionnel. Les oncles accueillaient les hommes et les tantes s’occupaient des femmes. La maison ne désemplit pas pendant des heures. Sa grand-mère avait été aimée et respectée par beaucoup de monde. Cette pensée apaisa légèrement son cœur. Elle n’avait pas été là, n’avait pas assez exprimé son amour, mais au moins sa grand-mère n’avait jamais été seule. Certes elle le savait déjà. C’était ce qui lui avait permis de partir sans s’inquiéter à l’époque. Mais elle n’avait jamais imaginé partir si longtemps. Voir tout ce monde fit couler des larmes de reconnaissance sur ses joues.

Enfin les invités partirent les uns après les autres. La plupart des oncles et tantes et autres membres de leur génération reprirent la route pour retrouver la capitale. Sa propre génération, les cousins et cousines proches, avait décidé de passer la nuit ici. De mettre un peu d’ordre après les dernier départs.

Ils étaient émotionnellement et physiquement épuisés lorsque le soleil se coucha. C’est alors que l’une des cousines, qui cherchait des allumettes pour lancer le feu dans la cheminée, poussa une exclamation ravie. Tous et toutes la regardèrent avec curiosité lorsqu’elle déposa un lourd objet sur la table.

Elle regarda pendant de longues secondes avant de réaliser que l’objet devant elle était un vieux projecteur. De ceux dans lesquels il fallait mettre des diapositives, ces vieux négatifs encadrés dans un format unique. Elle retourna fouiller là où sa cousine l’avait trouvé et finit par extirper trois grosses boîtes noires. Elles contenaient des années de souvenirs soigneusement gardés par leur grand-mère.

Sans hésiter ni même se concerter, ils mirent en place le vieil appareil. Elle n’était même pas sûre qu’il fonctionnait encore, mais l’espoir était là. Leur grand-mère avait dû être extrêmement soigneuse avec le projecteur, car il fonctionna du premier coup. Elle sortit avec d’infinies précautions les premières diapositives et les installa dans le dispositif. En attendant, quelqu’un avait finalement allumé la cheminée, du thé vert à la menthe avait été servi et un mur avait été délesté de ses cadres et décorations afin de laisser un espace plus ou moins blanc pour remonter le temps.

Car c’est ce qu’il se passa dès la première photo. Elle était légèrement jaunie, mal cadrée et la lentille de l’appareil lui dessinait des petites taches, mais cela ajouta à l’émotion au lieu de la gâcher. Sur le mur, cinq des cousins étaient assis sagement sur le vieux canapé qui avait occupé de salon de leur grand-mère depuis aussi longtemps qu’elle s’en souvenait. L’un de ses cousins plus âgé était même né sur ce canapé.

Tous les souvenirs la frappèrent de plein fouet. Elle redécouvrait au fil des images des moments qu’elle avait oubliés. Ces photos n’avaient jamais été développées ou numérisées. Elles n’existaient que dans ces petites boîtes noires.

Au début, tous et toutes regardaient sans rien dire, laissant les larmes couler et les images défiler lentement. Puis quelqu’un fit un commentaire, ajouta un élément que l’on ne voyait pas mais dont il se rappelait de ce moment-là. A partir de là, les langues se délièrent, chacun avait quelque chose à ajouter. Les photos défilaient de plus en plus lentement, mais les souvenirs ressortaient de plus en plus vite. Bientôt tous étaient en train de sourire, de parler fort et vite, il y eut même des fous rires, surprenant après tant de jours de silence.

Elle s’arrêta un instant pour les observer. Son cœur palpitait dans sa poitrine. Ainsi, c’était ce vieux projecteur d’un autre temps qui avait fait cela. Ils avaient remonté le temps grâce à lui. Et s’il n’effaçait pas la peine de la perte, en cet instant, il lui sembla que les diapositives qui défilaient ne parlaient pas que du passé, mais pointait vers leur avenir. Un avenir tous ensemble, où malgré l’absence de leur grand-mère, elle serait toujours dans leur cœur, et ils seraient toujours cette famille qu’elle regardait avec amour.

Avec ce bond dans le temps, ils purent lui dire adieu, libérer leur cœur et sourire face à la vie qu’elle avait menée, et à celle qu’elle voyait en eux.

Voilà pour cette fois!

Bonne lecture et bonne écriture!

Xoxo!

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