Cassandra O’Donnell – Partie 1 #InterviewPlib2019 #PLIB2019

Hello fairies!

Lors du Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil début décembre, j’ai eu la chance de pouvoir interviewer Cassandra O’Donnell, l’auteure de La Légende des Quatre (entre autres) dans le cadre du PLIB2019.
Vous pourrez bientôt voir la vidéo sur le site du plib. En attendant, je vous partage le contenu de cette entrevue que j’ai trouvée passionnante. Cassandra O’Donnell est une personne merveilleuse, non seulement en tant qu’auteure mais aussi en tant que personne. J’ai beaucoup appris au cours de cette discussion, et j’ai aussi ri, Cassandra étant naturelle et pétillante!

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Pour faire un petit résumé de sa bibliographie :
Saga Rebecca Kean – Traquée – Pacte de Sang – Potion macabre – Ancestral – L’armée des âmes – Origines – Chasseuse d’âmes (hors-série Léonora à paraître en Mars 2019)
Saga Malenfer – La forêt des ténèbres La source magiqueLes héritiers – Les sorcières des marais – Terres de glace
BD Malenfer – La forêt des ténèbres
Saga Sombreterre – Le clan perduLes gardiens 
Saga La Légende des Quatre : Le clan des LoupsLe clan des Tigres
Saga Les sœurs Charbrey – Sans orgueil ni préjugésUn mari récalcitrant 
Les aventures improbables de Julie Dumont
La Nouvelle
(à paraître en Mars 2019)

L’interview démarre un peu abruptement, mais c’est parce qu’en fait on avait déjà commencé à discuter, et on était lancées le temps qu’on s’installe, j’ai donc lancé l’enregistrement un peu au milieu d’une réponse. Elle s’étonnait en fait que La Légende des Quatre fasse partie des 21 sélectionnés du Plib, étant un roman jeunesse.

Cassandra : J’aurais été moins étonnée si ça avait été du 15-17.

Logo Jury PLIB2019

Céline (organisatrice du plib) : En fait il y en a quand même pas mal, il y a Au service de  sa majesté la mort aussi qui est très jeunesse. Amis Imaginaires aussi. Il y en d’autres. 

Moi : Certains jurés justement faisaient remarquer qu’il y a en avait beaucoup.

Pour l’imaginaire, la jeunesse c’est le meilleur terrain.

Je trouve que tes livres, même s’ils sont axés pour un certain âge, on prend plaisir à les lire à n’importe quel âge. J’ai lu toutes tes sagas. D’ailleurs mes neveux et leurs parents me réclament la suite de Malenfer.

L’année prochaine!

Au niveau de l’écriture, ils sont très très faciles à lire, même pour un enfant, notamment par rapport aux dialogues et à la manière dont les séquences sont écrites.

C’est écrit de manière très visuel. Ça a trait directement avec mon métier qui est lié à l’image.

Ça influence beaucoup ta manière d’écrire.

Oui forcément.Je communique par l’image. Quand je faisais du reportage ou du documentaire c’était pensé en grande partie avec l’image. C’est un appui très fort. J’écris un livre comme j’écrirais un scénario tout simplement.

Là par exemple je suis en train d’écrire un scénario pour une comédie. C’est l’image. J’ai les scènes dans la tête. Je fais les découpages d’une certaine façon. Et l’écriture c’est pareil.

Ça marche très bien. Sur la plupart de tes sagas tu pars sur de  l’imaginaire.

Snapshot_32En fait c’est vraiment le pur hasard. A la base je suis surtout une lectrice de littérature blanche. Mes auteurs préférés c’est Colette, Hugo, enfin rien à voir. Puis j’ai découvert Tolkien, je suis tombée amoureuse à 15 ans. J’étais la seule fille à jouer aux jeux de rôle. Puis après il y a eu des sagas de sf que j’ai adorées. Mais je ne suis pas forcément plus une lectrice des mondes imaginaires. Même si petite mes premiers coups de foudre c’était L’île au trésor et après ça a été Dumas.

Mais ce qu’il s’est passé c’est que je suis restée à la maison, j’avais pris une année sabbatique pour écrire éventuellement un bouquin et pour rester avec mes enfants, parce que j’en avais un qui rentrait en sixième et l’autre au CP. En fait quand j’ai commencé à écrire à la maison, j’ai cherché quel était le genre où il n’y avait pas encore des tonnes et des tonnes d’auteurs. Où trouver une petite place. Je trouvais qu’il y avait une surproduction du livre en France dans tous les domaines et il était très difficile de faire émerger un livre parmi tant de bouquins. Au départ j’avais plutôt décidé d’écrire un polar. Là je me suis dit « ouh là il y a du monde dans le polar! ». Et j’ai regardé, il n’y avait pas d’auteures françaises d’urban fantasy. Là je me suis dit, ça y est, j’ai trouvé le genre dans lequel je vais écrire. Mais tu vois c’était un hasard. Je ne me suis pas dit dès le départ « il faut que j’écrive du fantastique »… La saga Rebecca Kean a super bien marché donc j’étais très contente. Mais à la base je ne serais pas forcément allée directement là-dessus. Ce n’était pas ma première impulsion.

Et puis ensuite, quand je suis arrivée à la jeunesse c’était par pur hasard aussi. Et ce sont les enfants qui m’ont demandé de l’heroïc fantasy, c’est eux qui ont choisi le genre. J’ai été dans les classes, je leur ai demandé s’ils voulaient une histoire policière, une histoire d’amitié, une histoire avec des animaux… Ce sont eux qui ont décidé. Ce qu’ils voulaient c’est de l’heroïc fantasy. Ils voulaient une forêt qui mange les gens, un dragon et des professeurs monstres. Point. Donc je leur ai dit, écoutez je vais vous l’écrire. Et de là le fait de faire de l’imaginaire et de l’heroïc fantasy pour les petits. C’était les enfants qui me l’avaient demandé et je voulais leur faire plaisir. Partant de là, ensuite quand ils venaient me voir en salon et qu’ils me disaient « maintenant on est trop grands pour Malenfer » « vous voulez une histoire un peu plus… » « Ah non non on veut du fantastique » Puis là j’ai réfléchi, je me suis dit que j’allais leur écrire une histoire pour les 12-14 et c’était La légende des 4 parce qu’ils m’ont dit « voilà j’ai 13 ans, il faut passer à autre chose, mais comme on aime bien votre façon d’écrire on veut absolument que ce soit vous qui l’écriviez ». Du coup je leur ai écrite. Et donc c’est comme ça que La légende des 4 est né. J’ai écrit le premier tome en 2 mois, parce que j’avais ce moment-là de break entre ça et d’autres titres. On m’avait dit le marché du 12-14 c’est fini, c’est mort, c’est plein, plus aucun titre n’émerge. Je suis partie déprimée. Mais au moins mes petits lecteurs ils seront contents. Mais ils me l’ont demandé, ils l’ont eu. Et effectivement je ne m’attendais pas au succès non plus de La légende des Quatre.

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Les enfants je leur demande. Par exemple là les 10-12 ans, ils m’ont demandé, je vais leur écrire un Stephen King. Ils m’ont dit ce qu’ils voulaient, je vais suivre les instructions des enfants. Je pars du principe que je ne me suis pas inscrite dès le départ comme auteure jeunesse. Donc à partir de là, le but pour moi c’est vraiment de leur faire plaisir, à eux avant tout.

Si demain ils me demandent une comédie policière, ils auront une comédie policière.

Les aventures de Julie Dumont mais pour les enfants?

On ne leur demande pas beaucoup leur avis. Les auteurs jeunesses ne leur demandent pas assez leur avis. Ils écrivent ce qu’ils ont envie d’écrire. La plupart, pas tous. Et moi je me disais : je vais me mettre au service des enfants. Ma plume est au service des classes et des enfants que je rencontre.

Et des adultes parce qu’on en profite aussi!

Les adultes je ne leur demande pas! Il y a plein de gens qui me disent que pour la suite de Rebecca il faut ça et ça ou ça. Ça je n’écoute pas, par contre. Ils peuvent chanter la marseillaise en breton ça ne changera pas. J’ai mon idée. L’histoire est faite.

Si je ramène mon neveu et que je lui demande de parler de Rebecca…?

Haha non je saurais de qui ça vient!

Pour les enfants je me mets à leur service. Pour le coup c’est vraiment ça. Pour les grands je fais ce que j’aime. La preuve je fais des petites expériences en romance, en comédie policière. Là le but c’est que je m’amuse. Moi en tant qu’écrivain. Là je vais penser à moi. Là, par exemple le Léonora(spin-off de Rebecca Kean) j’écris ce qui me fait rire, je suis morte de rire à chaque scène.

On le ressent, parce que nous aussi du coup on est morts de rire tout au long du livre!

Mais pour les enfants je me mets à leur service. Et en plus je les teste, j’ai des bêta lecteurs!

Du coup ce sont vraiment deux schémas d’écriture différents.

Complètement différents. Je ne travaille pas du tout de la même manière. J’ai fait une exception. C’est pour mon prochain roman (La nouvellequi n’est pas de l’imaginaire pour le coup. Qui est l’histoire d’une petite Syrienne qui a 12-13 ans, qui va débarquer dans une classe en France au fin fond de la Bretagne. Et elle va faire la rencontre d’un garçon et elle va changer sa vie. Entièrement. C’est une très jolie histoire de tolérance, d’humanisme, de tendresse.

Et particulièrement d’actualité.

Voilà. J’ai vu beaucoup de choses sur les réseaux qui ne me plaisaient pas. Beaucoup de haine, beaucoup de bêtises aussi. Et cette petite fille en fait, quand elle arrive et que les enfants lui disent des choses qui ne sont pas forcément très gentilles « pourquoi tu as choisi de venir ici? Va-t-en chez toi etc » la seule chose qu’elle peut répondre c’est « je n’ai pas choisi de venir ici, la seule chose que j’ai choisie c’est de ne pas mourir ». Et en fait c’est vraiment ça. Ce livre c’est un livre plein d’espoir, de gaieté, de rencontres… C’est quelque chose que j’ai écrit très vite, je l’ai écrit en une semaine. Je sentais la nécessité de le faire et le besoin de l’écrire. Je me suis dit que là les enfants c’était important qu’ils lisent ce genre d’histoire.

Dans le climat actuel, oui. Encore une fois, la plume au service des enfants.

Dans le climat actuel c’était bien la plume au service du cœur des enfants. C’est très important de les préserver, de préserver cette part d’innocence, mais aussi… ils comprennent bien l’émotion, beaucoup mieux que les adultes.

Je n’étais pas là pour faire la morale, je suis là juste pour raconter une histoire. Mais cette histoire, si elle touche leur cœur ils ne l’oublieront pas.

Par rapport à tes personnages, on retrouve des personnages qui ont des caractères forts, beaucoup d’humour, un côté cynique, ironique qu’on retrouve beaucoup. Je voulais savoir comment tu construis tes personnages, est-ce que c’est basé un peu sur toi, sur des personnes de ton entourage?

Aussi! Chez nous on a une devise familiale : celui qui bute il creuse! On a beaucoup d’humour, un humour plutôt noir. On vit un peu en clan de saga tu vois. Chez nous on se chambre, on discute beaucoup. Oui tu t’inspires des gens que tu rencontres et de toi, surtout tu mets beaucoup de toi, forcément. Le côté ironique je crains d’en être profondément responsable.

Donc le personnage le plus proche ce serait Rebecca Kean!

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Oui! Forcément. Alors il y a un truc que disent rarement les auteurs, c’est que, souvent, la première fiction c’est le personnage qui te ressemble le plus. La première fiction c’est là où tu mets le plus de toi. Sans t’en rendre compte. De manière instinctive. Tu vas t’éloigner quand tu vas continuer à écrire, tu vas t’éloigner de toi, tes personnages vont être complètement différents, mais le tout premier c’est souvent celui qui te ressemble le plus. Souvent tu l’améliores en plus. L’intérêt avec Rebecca c’est qu’elle est jeune, belle tout ce que t’es pas quoi. Mais je peux dire qu’il y a beaucoup de moi, énormément. Dans toutes les réflexions, tout ce qu’elle pense, qui lui traverse l’esprit, ça m’arrive tout le temps. Il y a plein de fois, quand les gens me parlent, c’est quasiment des scènes de dessin animé qui s’affichent dans ma tête. Ou des scènes d’étranglement. 😂 Il y a beaucoup de choses comme ça, et effectivement c’est celui qui te ressemble le plus.

Du coup de passer du personnage de Rebacca Kean à tous ces personnages plus jeunes, ce n’est pas difficile de trouver à chaque fois la bonne mentalité?

Non, parce que je passe mon temps avec les enfants. Je passe ma vie avec les enfants. J’ai été maman. Je passe ma vie avec les classes. Je vois des enfants h24. Tous les weekends, je suis avec eux, je fais des interventions scolaires, il y a les enfants de nos amis. Mon aîné il avait le don, il ramenait ses copains à la maison et ils venaient, c’était, vous savez, comme des bandes de sauterelles, ils vous vident le frigo vous avez pas le temps de dire ouf et ils repartent comme ça en bande. Après j’ai eu le deuxième, c’était pareil avec ses copains qui viennent squatter. Et puis là il y a le petit dernier, il a des copains aussi le petit dernier qui a 13 ans. Et donc en général c’est marrant parce que je me suis aperçue d’une chose c’est que quand j’écris pour la jeunesse c’est souvent pour la tranche d’âge de mon fils. Plus il évolue et plus mes personnages aussi.

Et en même temps, par exemple j’ai une petit Emma, la fille d’une de mes amies que je vois souvent, elle aussi elle m’inspire beaucoup pour les personnages plus jeunes. Énormément.

J’oublie facilement les visages des adultes. Je suis quelqu’un qui retient très peu les visages. Il faut vraiment me remettre dans le contexte. Dès que c’est hors contexte, c’est fini. Mais par contre les enfants, ceux que j’ai déjà vus je ne les oublie jamais.

Ils te marquent plus?

Snapshot_40Beaucoup plus. Je passe ma vie entourée d’enfants. Donc si tu veux, je connais à peu près.

Entre un enfant de 9 ans et un enfant de 12 ans il y a un monde. Ils n’on pas les mêmes centres d’intérêt. A 9 ans les garçons ils vont jouer au foot, ils trouvent que les nanas sont nulles. A 12 ans ça commence à les titiller, ils s’intéressent à plein de choses, ils n’ont plus du tout les mêmes centres d’intérêt. Dans la littérature on voit beaucoup « à partir de 9 ans » ce que je trouve complètement stupide.

Du 8-11 d’accord, parce que là on est vraiment dans la tranche « pas encore au collège ». Mais quand on arrive au collège ça change, les enfants évoluent très vite. D’ailleurs il faut voir, il ne faut pas leur donner à manger après minuit! C’est comme les Gremlins! Ça vous commence la sixième tranquille et après, tout à coup, il y a une espèce de mutation en cours d’année!

C’est tout ça qui fait qu’on les connait bien. Je trouve que quand on écrit des livres pour la jeunesse, ce n’est pas notre jeunesse dont on se souvient, c’est celle qu’on regarde autour de nous, celle que l’on vit. Parce que la jeunesse dont on se souvient, souvent on est à côté. Elle date. Et on a souvenirs faussés aussi. On est pas très objectifs avec nos propres souvenirs. Par exemple je me souviens très bien de l’enfant que j’étais, la liberté que j’avais à l’époque. C’est comme pour le Club des Cinq, ils partaient faire du camping tout seuls pendant trois semaines. Mais quels parents vont laisser aujourd’hui des gamins de cet âge-là partir en camping pendant trois semaines?! Les gamins ils sortaient comme ils voulaient, ils faisaient ce qu’ils voulaient etc mais quels sont les parents qui laissent faire ça? En résumé, les temps, l’époque évoluent, les enfants évoluent, ils sont complètement différents des enfants d’avant, les enfants d’aujourd’hui ne sont pas tout à fait les mêmes. Donc il faut baigner dedans, tout le temps, ne jamais les lâcher et s’en inspirer. Ça se respire.

***

L’interview étant assez longue, je vous mets la retranscription en deux fois! La suite arrive dès demain, et elle est tout aussi passionnante!

Jusque-là je suis impressionnée par cette manière qu’elle a de se mettre au service des enfants dans son écriture. Pas étonnant que les enfants reprennent goût à la lecture avec une telle mentalité!

Bonne lecture!

Xoxo!

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Un commentaire sur « Cassandra O’Donnell – Partie 1 #InterviewPlib2019 #PLIB2019 »

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